Atlas des paysages Parc Naturel Régional du Morvan Retouner à la page d'accueil

La mouille

Panorama

UNE VEGETATION SPECIFIQUE AUX COULEURS CONSTRASTEES

Les prés de fond, les « mouilles », sont des prés para-tourbeux repérables de loin à la présence de joncs et de toutes un cortège de plantes inféodées à ce milieu. L’aspect de la prairie semble aussi plus désordonné et échevelé que les grasses prairies des pentes.
Les joncs dans les mouilles, je n’aime pas. Ça ne fait pas entretenu. Un élu.

UN PAYSAGE OUVERT, PARFOIS EN COURS DE FERMETURE

Ces milieux sont situés dans les creux des cuvettes ou des vallons. Quand ils sont entretenus et pâturés, ils offrent des vues dégagées car ils sont peu compartimentés par des haies. Le barbelé remplace celles-ci. Parfois la totalité du pré correspond à la mouille offrant au regard une surface unie. À l’inverse les saules, plantes pionnières, ont vite fait de fermer le paysage, témoins d’une gestion moins soutenue.

"Dans les fonds de vallées plus ou moins larges selon l’importance des cours d’eau, plus ou moins plats selon celle du remblayage, les prairies humides sont découpées perpendiculairement au talweg par des clôtures hâtives murs de blocs mal équarris de granite, fils de fer barbelés hâtivement cloués sur des poteaux ; elles connaissent selon les saisons sécheresse ou humidité ; marécageuses, elles sont vite gagnées par le faux roseau, les carex, les joncs; la houlque laineuse reste la seule graminée utilisable de leur flore." «Le Morvan, la terre et les hommes », de Jacqueline Bonnamour.

UN MODE DE GESTION ECONOMIQUE LIE A L’AGRICULTURE

Ces prés, soigneusement débarrassés des animaux autrefois, fournissaient un foin abondant avant l’été. Là où l’irrigation était possible en détournant un ruisseau, ils pouvaient fournir jusqu’à deux coupes de regain. Ces prés ont souvent été drainés ; ils sont aujourd’hui ouverts aux bêtes et ils restent précieux pour les nourrir les années sèches bien que "les bêtes n'y engraissent pas".
Aujourd’hui dévalorisés, leur valeur d’achat est retombée à 610 €/ha (4 000 F) environ.
L'INRA a conduit des expérimentations pour les revaloriser, moderniser leur exploitation. Certains agriculteurs tentent de les assainir par des fossés à ciel ouvert.
Ils bénéficient d’une prime MAE (Mesure Agri-Environnementale) spécifique comme « prairies para tourbeuses » (60 à 150 €/ha selon le niveau de cahier des charges), à condition de ne les faucher qu'après le 14 juillet. L’objectif est d’éviter leur enfrichement qui referme le paysage, en particulier lorsqu’il jouxte l'habitat, et de limiter leur utilisation au printemps au titre de la préservation des milieux humides et de leur flore spécifique.

« On laisse les mères « s’accrocher » dans les joncs en début d’été, quand le reste est sec, et on complémente les jeunes à l’aliment au concentré ; on fauche les joncs à l’automne pour renouveler les jeunes pousses l’année suivante. Les bêtes n’y engraissent pas ! » Un agriculteur.

« La mouille, on pense à y mettre du sapin, du peuplier, mais elles ne sont pas plantées parce qu’ici, il y a encore de la pression agricole. On en tire un peu de foin, mais c'est surtout qu'elles donnent des droits : on est en zone de piedmont, et il y a les MAE (1) sur les prés para-tourbeux .»
Un Ă©leveur. (1) Mesure Agri-Environnementale

DANS CES CUVETTES, « UN SILLON TRACE SUFFIT SOUVENT A LIBERER UNE TERRE GORGEE D’EAU »

Ces mouilles peuvent couvrir de larges espaces dans les fonds plats, fréquents dans le Morvan central et le Morvan dit des cuvettes et collines. La pente étant très faible, une négligence dans l’entretien du réseau de drainage -creusement des biefs et des fossés- provoque rapidement un retour des joncs et des carex, suivis quelques années plus tard par des saules, des aulnes. Cet entretien faisait autrefois l’objet d’un fort contrôle social.

« Les sols du Morvan volontiers trop secs quand les averses sont trop espacées peuvent être localement gorgés d’eau d’une manière permanente. Les prés et les champs dont la pente est inférieure à 3 % courent souvent le risque d’hydromorphie. Le pays a ses marécages sur les hauts, ses espaces tourbeux ou seulement humides dans les bas-fonds; des mouilles se repèrent facilement le long des versants.
Marais des hauteurs ou prairies trop humides des bas-fonds sont essentiellement liés à l’absence de pente ou à de très faibles pentes. Dans les dépôts soliflués des hauts vallons mûrs, dans les ouches où les glissements latéraux ont entassé une masse plus importante d’arène, une importante réserve d’eau peut s’emmagasiner et s’écouler très lentement selon la pente de l’ensemble et les liaisons avec le drainage organisé. Entre ces fonds privilégiés où la nappe phréatique n’atteint la surface qu’au cœur des hivers très pluvieux, et les marais où la tourbe s’entasse, on trouve dans ces vallons ou ces cuvettes aux pentes amorphes toute la gamme des prairies humides, des prés gagnés par les jonquilles et les joncs aux véritables étendues de sphaignes, toute la série des sols hydromorphes. »


« Les mouillères des versants dépendent moins étroitement de la topographie que des variations de la profondeur du socle qui détermine ici le niveau imperméable. A proximité de Saint-Agnan, on peut en observer un bon exemple : sous la forêt qui couronne le sommet du versant, un pré présente une humidité croissante de haut en bas où à mi-côte le socle apparaît l’eau y sort en charge et donne naissance à une source bouillonnante. »

« Sur les pentes inférieures à 3 % le risque de l’hydromorphie est plus ou moins grand. il dépend tout autant de la nature de la roche, de la profondeur du socle, que des conditions générales de drainage et d’alimentation de la nappe. Par exemple, les phénomènes d’hydromorphie sont là règle sur les granites gneissiques de Saulieu en partie décomposés ; les puits et les creux révèlent à 1,50 m de profondeur un horizon gleyfié et compact où se bloque constamment la nappe phréatique ; dans des conditions analogues de pente, le socle très arénisé entre les vallées de la Cure et du Cousin joue un rôle d’éponge limitant l’hydromorphie. Sur les interfluves en pente faible, l’alimentation en eau est également moindre que dans les bas-fonds où s’écoulent les eaux du bassin local. Mais l’homme triomphe facilement de ce danger dans ces terres de granulométrie grossière qui tiennent bien au pied, un sillon tracé suffit souvent à libérer une terre gorgée d’eau.
Extrait de , 1966, Jacqueline Bonnamour.

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